Une pulvérisation d'azote foliaire permet d'augmenter la teneur en azote assimilable dans le moût et d'améliorer sa fermentescibilité. En 2005, sur Colombard, l'apport de 10 unités d'azote foliaire a ainsi permis un gain en azote assimilable de 30% sur une parcelle enherbée et à vigueur modérée.
La pratique de l'enherbement, parfois nécessaire dans une optique qualitative, peut contribuer à appauvrir les moûts en azote qui peuvent rapidement se trouver carencés. Cette carence peut entraîner l'apparition dans le temps de composés aromatiques indésirables dans les vins blancs. La pulvérisation d'azote foliaire peut ainsi contribuer au maintien ou au développement de l'enherbement permanent au vignoble.
A la dégustation, on constate une amélioration significative du potentiel aromatique et un renforcement du caractère "thiolé" des vins. Ces résultats sont confirmés par le dosage des thiols variétaux. Sur les rosés de Négrette, l'apport d'azote foliaire renforce le caractère "fruité".

Dégustation de vins rosés de Négrette 2006
En 2005 sur des vignes vigoureuses de Colombard, nous avons testé des doses de 10 kg d'azote (unité fertilisante) par hectare. Sur vignes fortement carencées (Sauvignon blanc, Négrette, Merlot..), nous avons réalisé en 2006 des apports de 20 unités par hectare.
La quantité d'azote à apporter est à adapter au niveau de vigueur de la vigne et au niveau de carence du moût en azote assimilable.
La forme d'azote la plus directement assimilable par la plante est l'urée. Il existe sur le marché plusieurs fournisseurs de produits formulés (Azofol, Folur, Safe-N ).
Les apports doivent être
fractionnés en 2 fois, à une semaine d'intervalle, réalisés de façon à encadrer la véraison. Il est recommandé un mouillage important du feuillage (400L/ha) et dans tous les cas au moins 200 L/ha. Les applications doivent être réalisées en début ou fin de journée pour éviter les phénomènes de brûlure sur les feuilles.
Les spécialités présentes sur le marché ont un coût compris entre 5 et 10 € HT par unité fertilisante et par ha de vigne. L'urée classique a un coût d'environ 1€ dans les mêmes conditions. Malgré leur coût, les produits formulés présentent des garanties qualitatives : teneur en urée, teneur faible en biuret, présence d'oligo-éléments complémentaires, correcteur d'acidité...
Deux applications annuelles entraînent un surcoût annuel global des opérations de pulvérisation au vignoble de l'ordre de 18%, essentiellement en raison du prix des produits (71%).
L'utilisation de l'azote doit être raisonnée afin de limiter les effets secondaires :
Les apports d'azote foliaire et de sulfate d'ammonium doivent être considérés comme complémentaires. Dans nos essais, contrairement à l'apport d'azote foliaire, l'apport de sulfate d'ammonium est sans effet sur la production de thiols variétaux mais conduit à des niveaux d'acétate d'alcools supérieurs et d'esters éthyliques supérieurs du vin témoin. Cette voie est intéressante pour développer la perception "fuitée" des arômes fermentaires.
Le choix doit s'effectuer en fonction du cépage et du produit recherché.
Des travaux sur céréales ont montré que la pulvérisation simultanée d'azote et de soufre stimulait d'absorption de l'azote par la plante et améliorait la teneur en azote, en protéines et en glutathion du grain. Nous étudions ainsi l'utilisation combinée de l'azote et du soufre sur vigne en relation avec la production de composés soufrés odorants.
En 2005, les vins issus des parcelles traitées à l'azote et au soufre présentaient des niveaux aromatiques supérieurs. En 2006, ces résultats semblent se confirmer sur Colombard et Sauvignon. 2007 sera consacrée à la validation des doses d'emploi.
La présence de thiols variétaux dans les vins des cépages noirs ou blancs laisse envisager que cette technique et ces effets sont transposables dans de nombreuses typologies de vignoble afin d'améliorer la composante fruitée des vins.